Toutes les couleurs de Mondrian

Je ne résiste pas au plaisir de reprendre l’article de Jean-Marie Wynants dans le Soir des 4 et 5 janvier 2020 qui nous parle avec talent de l’exposition des peintures figuratives de Mondrian, exposées au Musée Marmottan-Monet à Paris.
Des clochers, des phares, des églises, des saules, des cours d’eau, des champs et surtout des moulins. Pour qui n’aurait jamais entendu parler de Piet Mondrian, une plongée dans la superbe exposition que lui consacre le musée Marmottan-Monet suffit à faire apparaître une évidence : cet homme ne pouvait venir que des Pays-Bas. Et c’est dans les paysages de sa région qu’il a puisé l’inspiration qui, au fil du temps, fit de lui un des peintres les plus importants du XXe siècle.

Sous le titre Mondrian Figuratif, on découvre ici un parcours plutôt inattendu. C’est que, désormais, Mondrian est essentiellement connu pour ses toiles où voisinent carrés et rectangles rouges, bleus, jaunes… séparés et reliés par d’épaisses lignes noires. On en trouve un magnifique exemple à la toute fin de l’exposition. Comme l’aboutissement d’une démarche qui débute, dans le couloir du musée, avec des paysages dans la plus pure tradition hollandaise. Et un peu plus loin, un lièvre mort, première œuvre acquise par Salomon Slijper.

« Cette exposition est entièrement basée sur sa collection exceptionnelle » explique Marianne Mathieu, directrice scientifique du Musée Marmottan Monet. « Salomon Slijper, tout comme Michel Monet, fils de Claude, est resté sans enfant et a légué sa collection à un musée. » Une collection exceptionnelle mais basée sur la peinture figurative. Comme elle ne correspond pas à l’image qu’on a de Mondrian aujourd’hui, elle est longtemps restée méconnue.

Pour préparer cette exposition, deux ans de recherche ont été nécessaires, notamment pour étudier 300 lettres inédites entre l’artiste et le collectionneur. « Nous avons appris énormément de choses à travers ces lettres. Par exemple le fait que c’est Mondrian qui sélectionne les œuvres que Slijper acquiert jusqu’en 1920. Et la grande dominante est figurative. On voit que Slijper est celui qui permet à Mondrian de survivre pendant la Première Guerre mondiale et qui lui donne, ensuite, les moyens de retourner à Paris où il avait déjà séjourné. En cinq ans, Slijper va rassembler la plus importante collection de Mondrian qu’il destine, dès le départ à un musée. »

Au départ, Slijper est un peu désorienté par l’œuvre et le personnage. « Mondrian, contrairement à l’image qu’on peut en avoir, est un homme qui aime la vie, les femmes, les beaux vêtements. Slijper devient son ami et son mécène, achetant ce que l’artiste lui propose. Quand, en 1919, ce dernier se lance dans l’abstraction géométrique, c’est très mal reçu. Par tous les milieux. C’est Slijper qui lui permet de s’en sortir en rachetant son fond d’atelier (une soixantaine d’œuvres) sans même les avoir vues. »

L’exposition parisienne est un pur régal où l’on découvre toute l’évolution du peintre passant de la pure figuration au cubisme, flirtant avec l’impressionnisme, pour aller de plus en plus loin dans ce qui le passionne vraiment : la recherche sur le motif et la couleur. À travers notamment les moulins à vent, véritables fils rouges du parcours, on voit comment il épure de plus en plus pour ne garder que des jeux de lignes qui le mènent à l’abstraction. Et comment ce coloriste de génie (ses paysages, nombreux ici, sont de pures merveilles où les ciels vibrants peuvent se teinter de rose ou de jaune), réduit finalement sa palette aux seules couleurs primaires.

On est subjugué par ce parcours, son évolution constante. Mais aussi par le fait que, chez lui, tout peut aller de front. « J’avais une vision de Mondrian avec un avant et un après, allant de la figuration à l’abstraction. Or on s’aperçoit que ce n’est pas du tout ça. Au même moment, il peut réaliser un tableau figuratif et un autre cubiste. Mais il est toujours en état de recherche. Lorsqu’il réalise la peinture d’un moulin dans la lumière du soleil, la toile rayonne. Là, il touche quelque chose. Le rayonnement devient son critère d’évaluation pour une œuvre, qu’elle soit figurative ou abstraite. Et le rayonnement, c’est un équilibre, y compris dans ce qu’il appellera le néoplasticisme. Il n’y a jamais de vrais carrés ni de lignes droites mais chaque tableau vibre de l’imperfection de la touche de l’artiste. Il recrée cet équilibre qui est l’essence de sa peinture. C’est sans doute pour cela qu’il a pu être le plus radical. »

Et qu’il a pu, la même année 1921, réaliser sa sublime Composition avec grand plan rouge, jaune, noir, gris et bleu et la délicate aquarelle, totalement figurative, Rose dans un verre.

Jusqu’au 26 janvier au Musée Marmottan-Monet,

Author: Michel Mertens

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